C’est la première chose qui interpelle tout nouvel utilisateur d’un boîtier Leica et je n’ai pas échappé à la règle. La première fois que j’ai chargé un film dans mon Leica M6, ma première pensée a été de maudire Oskar Barnack. Et la seconde de me dire qu’on n’était pas couché ! Quand on vient du système classique de chargement du film qui équipe l’immense majorité des reflex 24 x 36 et qu’on passe au chargement d’un Leica, il faut s’armer de patience à défaut d’un singulier sens de l’humour.

Leica M6 et son chargement atypique.
Je ne vous cache pas que dans les premiers temps, je me suis dit que ce système allait être un frein dans l’utilisation de mon M6. Et finalement, je m’y suis fait, comme tout le monde. Aujourd’hui charger un film dans mon Leica est une simple formalité. Mais quand même, hein ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui a bien pu motiver Oskar Barnack à adopter un système de chargement du film aussi singulier ?
À l’origine, les premiers Leica.
Petit flashback. D’abord Oskar Barnack n’a pas, à proprement parlé, inventé le système de chargement du film des Leica M. Il est décédé en 1936 et Leica série M n’est apparu qu’en 1954, avec le (mythique) Leica M3. En revanche, le système de chargement par le dos que Barnack avait imaginé sur les Leica originaux (comme le Leica I ou Leica II) a été conservé par Leica, jusqu’à la série M. Et là vous me dites, ça ne répond pas à la question. Warum ?
L’idée (de génie) d’Oskar Barnack a été de détourner le film 35mm utilisé dans l’industrie du cinéma et en conséquence de créer le format 24×36. Le résultat, une qualité d’image optimale mais aussi la nécessité de conserver au film une planéïté et une rigidité parfaites.

Le guidage du film dans le Leica M6 est assuré par un double système : une roue crantée et un système d’accroche. Le dos et le presse-film assurent une bonne planéïté.
Un boîtier compact pensé pour les photoreporters
Barnack a donc opté pour un chassis fermé et rigide, dans lequel la pellicule est insérée par le bas et un guidage parfait dans le déroulement du film. L’autre aspect étant que le presse-film permet de réduire les vibrations au moment du déclenchement. Le cahier des charges souhaité par Barnack induisait un boîtier compact à l’encombrement réduit. Un dos ouvrant aurait rendu le Leica plus épais. Le dos fixe permettait aussi de réduire les fuites de lumière ou les ouvertures intempestives. Un point particulièrement important pour les photoreporters.

La semelle du Leica M6 est verrouillée. Une dernière vérification que le film avance correctement et en route pour l’aventure !
En conclusion, bonne idée Oskar
Lorsque Leitz, près de vingt ans plus tard, a créé la gamme M, le principe imaginé par Monsieur Barnack fut conservé. Chargement par le bas, précision dans le cheminement du film, verrouillage sécurisé du dos. C’est le système qui équipe les Leica M de la gamme argentique. Ce même système qui semble tellement complexe pour les néophytes et qu’on trouve finalement particulièrement pratique à l’utilisation. Danke sehr, Herr Barnack !
• en savoir plus sur l’histoire de Leica sur leur site officiel


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