Quand le nom Noctilux s’affiche sur le fût d’une optique, le photographe que je suis a tendance à avoir les pupilles qui se dilatent autant que le diaphragme de la bête. Jusqu’ici, le mythe Noctilux, c’était le 50 mm, l’indéboulonnable f/0.95 ou la réédition f/1.2. Celui qui m’a fait rêver quand j’étais minot… Mais là, Leica vient de poser sur la table un pavé dans la mare du grand-angle : le Noctilux-M 35 f/1.2 ASPH.

Leica Noctilux 35mm. L’inaccessible étoile ?
Leica Noctilux 35mm. Enfin !
Pour ceux qui, comme moi, traînent leurs godasses dans les coins sombres des salles de concert ou sur les pavés de Brest à l’heure bleue, le 35 mm est une focale de prédilection. D’ailleurs c’est un 35mm (Voigtländer) qui équipe mon Leica M6. Proposer un Noctilux à cette focale, c’est offrir la vision de l’œil humain avec un super-pouvoir : celui de voir là où il n’y a plus de lumière.
Alors oui, je vous entends déjà me dire pourquoi craquer 9130 balles pour un f/1.2 alors qu’un excellent Summilux f/1.4 fait déjà le taff ? C’est juste une question de signature. Ici on ne parle pas de piqué chirurgical de labo, on parle de caractère. Avec ses 10 lentilles et son diaphragme à 11 lamelles, ce caillou promet un bokeh d’un velouté qui ferait passer une motte de beurre de baratte de chez Le Gall pour du papier de verre.
Techniquement, ça pèse son poids
Si du côté tarif c’est du brutal, côté fiche technique, c’est du sérieux. On a une distance minimale de mise au point à 50 cm (un vrai luxe en monture M pour aller chercher du détail) et un diamètre de filtre de 49 mm. La bête accuse ses 416 grammes à la pesée. C’est dense, c’est du métal. C’est du Leica. Pas de fioritures, pas d’autofocus (évidemment), juste une bague de map aussi douce que fluide et un diaph bien cranté.
Quand on aime, etc…
Est-ce que c’est raisonnable ? Absolument pas. Est-ce que c’est nécessaire ? Probablement pour 1 % d’entre nous. Mais la photographie, c’est aussi cette part d’irrationnel. Ce 35 mm n’est pas juste un objectif, c’est une promesse : celle de pouvoir isoler un sujet dans une bulle de douceur.
En attendant de pouvoir poser l’œil derrière le viseur, avec cette optique vissée sur un M11, on peut déjà rêver du rendu des lumières urbaines et des contrastes profonds qu’il va générer. Comme disait Alexey Brodovitch : « Si vous voyez quelque chose que vous avez déjà vu, n’appuyez pas sur le déclencheur ». Avec ce Noctilux, il y a de fortes chances qu’on voie des choses qu’on n’avait jamais vues auparavant.
Cet article n’est pas sponsorisé (dommage).
Envie de rêver un peu ? Allez donc faire un tour sur le site Leica.
Une pensée pour Bashung qui m’a inspiré le titre de cet article.

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